Dimanche 5 juillet 2009
Au milieu de cette abondance, Trésor des
fèves suffisait à toutes choses, retournant la terre, triant les semences, montant les plans, sarclant, fouissant, serfouant, moissonnant, écossant … Après quoi, il employait le temps qui lui
restait à recevoir les acheteurs et à régler les marchés, car il savait lire, écrire et compter sans avoir appris.
Une nuit, pendant qu’il dormait, le vieux dit à la vieille :
-Voilà Trésor des fèves qui a porté un grand avantage à notre bien, puisqu’il nous a mis en état de passer doucement, sans rien faire, quelques années qui nous restent à vivre encore. En lui donnant par testament l’héritage de tout ceci, nous n’avons fait que lui rendre ce qui lui appartient, mais nous serions ingrats envers cet enfant si nous n’avisions à lui procurer un rang plus convenable dans le monde qui celui des marchands de fèves. C’est bien dommage qu’il soit trop modeste pour avoir brevet de savant et un peu trop petit pour être général.
- C’est dommage, dit la vieille, qu’il n’ait pas étudié pour apprendre le nom de quelques maladies en latin, on le recevrait comme médecin tout de suite.
- Quant aux procès, continua le vieux, j’ai peur qu’il n’ait trop d’esprit et de raison pour en jamais débrouiller tout seul.
-J’ai toujours eu l’idée, reprit la vieille, qu’il épouserait Fleur des pois quand il serait d’âge.
-Fleur des pois, dit le vieux en hochant la tête, es trop grande princesse pour épouser un enfant trouvé qui n’aura vaillant qu’une chaumine et un champ de fèves. Fleur des pois, ma mie, est un parti pour le sous-préfet ou pour le procureur du roi, et peut-être pour le roi lui-même, s’il devenait veuf. Vous n’êtes pas raisonnable.
-Trésor des fèves l’est plus que nous deux ensemble, répondit la vieille, après avoir réfléchi. C’est d’ailleurs lui que l’affaire concerne, et il serait de mauvaise grâce de la pousser plus avant sans le consulter.
Là-dessus, ils s’endormirent profondément.
Le jour commençait à poindre quand Trésor des fèves sauta de son lit pour aller au champ selon sa coutume. Quel ne fut pas son étonnement de ne trouver que ses habits de fête au bahut où il avait rangé les autres en se couchant !
C’est cependant jour ouvrable, se dit-il, et il faut que ma mère ait quelque saint à chômer pour m’avoir préparé durant la nuit mon beau sarrau et ma toque de cérémonie. Qu’il soit fait comme elle l’entend, car je ne voudrais pas la contrarier dans son grand âge, et quelques heures perdues se retrouveront aisément sur ma semaine, en me levant plus tôt et en rentrant plus tard.
Sur quoi Trésor des fèves s’habilla aussi galamment qu’il le put après avoir prié pour la santé de ses parents et la prospérité de ses fèves. Il allait sortir quand il rencontra la vieille sur l’huis, qui apportait un bon brouet tout fumant et le plaça sur sa petite table.
-Mange, mange, lui dit-elle, ne te prive pas de ce brouet au miel comme tu l’aimais quand tu étais encore tout enfant, car tu as du chemin à faire, aujourd’hui, beaucoup de chemin…
Une nuit, pendant qu’il dormait, le vieux dit à la vieille :
-Voilà Trésor des fèves qui a porté un grand avantage à notre bien, puisqu’il nous a mis en état de passer doucement, sans rien faire, quelques années qui nous restent à vivre encore. En lui donnant par testament l’héritage de tout ceci, nous n’avons fait que lui rendre ce qui lui appartient, mais nous serions ingrats envers cet enfant si nous n’avisions à lui procurer un rang plus convenable dans le monde qui celui des marchands de fèves. C’est bien dommage qu’il soit trop modeste pour avoir brevet de savant et un peu trop petit pour être général.
- C’est dommage, dit la vieille, qu’il n’ait pas étudié pour apprendre le nom de quelques maladies en latin, on le recevrait comme médecin tout de suite.
- Quant aux procès, continua le vieux, j’ai peur qu’il n’ait trop d’esprit et de raison pour en jamais débrouiller tout seul.
-J’ai toujours eu l’idée, reprit la vieille, qu’il épouserait Fleur des pois quand il serait d’âge.
-Fleur des pois, dit le vieux en hochant la tête, es trop grande princesse pour épouser un enfant trouvé qui n’aura vaillant qu’une chaumine et un champ de fèves. Fleur des pois, ma mie, est un parti pour le sous-préfet ou pour le procureur du roi, et peut-être pour le roi lui-même, s’il devenait veuf. Vous n’êtes pas raisonnable.
-Trésor des fèves l’est plus que nous deux ensemble, répondit la vieille, après avoir réfléchi. C’est d’ailleurs lui que l’affaire concerne, et il serait de mauvaise grâce de la pousser plus avant sans le consulter.
Là-dessus, ils s’endormirent profondément.
Le jour commençait à poindre quand Trésor des fèves sauta de son lit pour aller au champ selon sa coutume. Quel ne fut pas son étonnement de ne trouver que ses habits de fête au bahut où il avait rangé les autres en se couchant !
C’est cependant jour ouvrable, se dit-il, et il faut que ma mère ait quelque saint à chômer pour m’avoir préparé durant la nuit mon beau sarrau et ma toque de cérémonie. Qu’il soit fait comme elle l’entend, car je ne voudrais pas la contrarier dans son grand âge, et quelques heures perdues se retrouveront aisément sur ma semaine, en me levant plus tôt et en rentrant plus tard.
Sur quoi Trésor des fèves s’habilla aussi galamment qu’il le put après avoir prié pour la santé de ses parents et la prospérité de ses fèves. Il allait sortir quand il rencontra la vieille sur l’huis, qui apportait un bon brouet tout fumant et le plaça sur sa petite table.
-Mange, mange, lui dit-elle, ne te prive pas de ce brouet au miel comme tu l’aimais quand tu étais encore tout enfant, car tu as du chemin à faire, aujourd’hui, beaucoup de chemin…
Par phymar
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Publié dans : broderie
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Communauté : La communauté des brodeuses
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