Son premier soin du lendemain fut de visiter la somptueuse demeure qui avait
poussée du petit pois. Il examina son musée de tableaux, ses antiquités, sa bibliothèque dont les livres le charmèrent par le goût délicat de leur choix. Tout ce qu’il y avait de plus exquis dans
la littérature et de plus utile dans les sciences s’y trouvait rassemblé pour le plaisir et l’instruction. Des traités innombrables sur l’agriculture, la chasse, la pêche… enfin tout ce qu’on
peut désirer savoir.
Pendant qu’il procédait à l’inventaire de ses richesses, Trésor des fèves se sentit frappé par le reflet de son image dans un miroir. Si la glace ne mentait pas, il devait avoir grandi de plus de
trois pieds depuis la veille, et la moustache brune qui ombrageait sa lèvre supérieure annonçait qu’il commençait à passer de l’adolescence à la jeunesse. Et à son grand étonnement, il vit sur
une pendule qui marquait le quantième des années qu’il avait vieilli de dix ans.
- 10 ans, s’écria-t-il, malheur à moi ! Mes pauvres parents sont peut-être morts de vieillesse, et de la douleur de ma perte, et sans doute aussi dans le besoin. Je comprends, maudite
calèche, que tu fasses bien du chemin car tu dévores bien des jours dans tes minutes. Partez donc, pois chiche, dit-il en le jetant par la fenêtre. Allez si loin qu’on ne vous revois jamais !
Trésor des fèves descendit les marches de marbre plus triste qu’il n’avait jamais été. Il sortit du palais, chemina dans ces plaines incultes, sans prendre garde aux loups. Il marcha, se frappant
le front de la main.
Qu’aurait-il à souhaiter maintenant que ses parents n’existaient plus, pleurait-il en retournant machinalement le dernier pois magique dans ses mains ?
Par phymar
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Le pois chiche était déjà à plus de 15 lieues du champ que Trésor des fèves le
cherchait toujours. Le pois chiche filait à la vitesse d’une balle d’arquebuse, les bois, les villes, les montagnes disparaissaient si vite que Trésor des fèves se serait en vain efforcer de les
retrouver derrière lui. Trésor des fèves se douta qu’il avait laissé de côté la ville et le marché où il se rendait pour vendre ses fèves. La calèche était partie avant que Fleur des pois n’eût
achevé de lui donner sa destination, et surtout de lui dire comment faire pour l’arrêter. Trésor des fèves avait usé de toutes les interjections sans succès, la calèche allait toujours et de plus
belle.
- La chienne de calèche, que le diable t’emporte ! cria Trésor des fèves.
Et le diable obéissant ne manqua pas d’emporter la calèche des tropiques aux pôles et des pôles aux tropiques, et de la ramener par tous les cercles de la planète. Mais Trésor des fèves, doué
d’une vive intelligence se dit que si Fleur des pois l’avait lancée avec « partez, pois chiche », il suffisait de lancer « arrêtez, pois chiche » en faisant claquer son pouce
comme l’avait fait Fleur des pois.
Le pois chiche, en effet , s’arrêta net. Trésor des fèves descendit et ramassa le pois chiche pour le ranger à sa ceinture. Il se trouva au milieu d’une plaine si sèche et si rocailleuse qu’il
n’y avait nul gite où se reposer, ni apaiser sa faim et sa soif. Il prit un des pois que lui avait offert Fleur des pois et le sema. Il vit soudain sourdre du sable, un superbe palais en forme de
plante de pois qui grandit, s’épanouit, s’arrondit, se garnit de toutes sortes de verreries qui illuminaient l’ensemble. Un tapis se déploya sous ses pieds, bordé de tables et de guéridons garnis
de pâtisseries, de fruits, de purée de pois au sucre. Au milieu de toutes cette abondance, Trésor des fèves eut peine à reconnaitre son lit : un matelas de plumes de colibri qui scintillait dans
un coin.
Avant de s’abandonner au sommeil, Trésor des fèves fit le tour de sa demeure, sa serfouette à la main afin de s’assurer de la tranquillité des lieux. Soudain il s’arrêta, des yeux luisants
l’observait dans lesquels il reconnu le loup couard et affamé qui l’avait escroqué.
- Messire loup, dit Trésor des fèves, n’a pas perdu de temps pour se mettre à ma poursuite ! Il détacha de sa ceinture un second pois magique et sema son contenu. Des murailles épaisses
jaillirent du sol, et barrèrent le chemin au museau du loup. Tranquillisé pour la nuit, Trésor des fèves regagna sa couchette de plumes de colibri où il dormit plus heureux qu’un
roi.
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